Huit regards sur ce qui pèse sur la santé au travail, et sur ce qui protège.
Pour beaucoup de personnes, le travail devrait être une source de réalisation, de fierté et de stabilité. Pourtant, pour un nombre croissant de travailleurs, il est devenu tout autre chose : une importante source de stress, d'épuisement et de détresse psychologique.
Quand les feuilles d'un érable jaunissent en plein mois de juillet, personne ne sort un pinceau pour les repeindre en vert. On regarde le sol. On vérifie les racines. En organisation, on devrait faire la même chose avec la fatigue, l'absentéisme et le désengagement.
En 2011, j'écrivais un article sur le présentéisme pour L'actualité médicale. Quinze ans plus tard, le phénomène n'a pas disparu. Il s'est métamorphosé. Le télétravail et la porosité entre vie personnelle et professionnelle ont créé de nouvelles formes de présence-absence.
« L'année va être difficile, les budgets sont coupés, on manque de personnel… il va falloir faire plus avec moins. » Soyons francs : le « faire plus avec moins », c'est une impossibilité mathématique et biologique sur le long terme. Vous pouvez presser un citron tant que vous voulez, à un moment donné, il ne reste plus que l'écorce.
Avez-vous déjà conduit avec, à côté de vous, un passager nerveux qui s'agrippe à la poignée, vous dit de ralentir à 45 km/h et pèse sur un frein imaginaire à chaque intersection? Rappelez-vous comment vous vous sentiez après seulement 15 minutes. Tendu? Frustré? Vidé de votre énergie?
On a longtemps glorifié le « loup solitaire » : cet employé capable de tout prendre sur ses épaules, qui ne se plaint jamais et livre la marchandise coûte que coûte. Mais voici la réalité brutale : le loup solitaire, en 2026, il finit généralement en arrêt de travail.
Avez-vous déjà laissé tomber une roche dans un puits très profond pour entendre le « plouf »? Vous attendez une seconde, cinq, dix… et rien. Le silence absolu. Votre cerveau se dit : « À quoi bon en lancer une autre si ça ne donne rien? »
Une partie de soccer d'enfants de 5 ans : dix enfants qui courent tous après le même ballon, pendant que le gardien cueille des pissenlits et que le filet est grand ouvert. On trouve ça mignon à 5 ans. Dans les bureaux, les usines ou les cliniques du Québec, je trouve ça beaucoup moins drôle.
Trois regards sur ce qui se joue quand on décide de regarder vraiment.
Il y a deux façons d'entrer dans une organisation. La première, on m'appelle parce que quelque chose vient de céder. La seconde est plus rare : on m'appelle alors que tout semble encore aller. La différence, ce n'est ni la taille, ni le budget. C'est le moment où l'on décide de regarder.
Dans un même service, chacun croit être le seul à ramer. Personne n'ose le dire à voix haute. Sauf que quand les mêmes signes se répètent dans toute une équipe, ce n'est plus une fragilité individuelle qu'on regarde. C'est un signal qui parle de l'organisation.
Il est 19h. Le gestionnaire répond à un dernier message. Dans sa journée, il a désamorcé une frustration, rassuré une inquiétude, réglé trois urgences qui n'étaient pas les siennes. Il rentre chez lui vidé. On lui a confié le filet de tout le monde. Personne n'a vérifié qui tenait le sien.
Reprendre la main sur ce qui se passe dans sa tête.
Un courriel de votre supérieur : « Passe me voir dès que possible. » Huit mots. Et pourtant, votre cerveau est déjà parti à la course. « J'ai sûrement fait quelque chose de mal. » « On va m'annoncer une mauvaise nouvelle. » Ou, chez les optimistes : « Enfin, on reconnaît mon travail. »
Il est minuit passé. Votre corps réclame le sommeil, mais votre tête tourne à plein régime. On peut choisir de se changer les idées, ou de changer ses idées. Une nuance d'une seule lettre entre « se » et « ses ». Et pourtant, un monde entier tient dans cet écart.
Il y a des pensées qui passent. Et il y a des pensées qui s'installent. « Je ne suis pas à la hauteur. » « Je vais échouer. » Cette voix a une particularité redoutable : elle ne se présente jamais comme une hypothèse. Elle se présente comme une vérité. Et c'est là que le piège se referme.
Un courriel qui serre la gorge. Une décision qui tombe d'en haut. Sans même vous en rendre compte, votre attention part dans toutes les directions. Là où va votre attention, va aussi votre énergie. Revenir à ce qui dépend de vous, ce n'est pas nier la difficulté. C'est poser un acte de discernement.
Une réunion difficile vient de se terminer. Votre cœur bat plus vite, vos épaules sont tendues. Vous essayez de passer à autre chose. Mais quelque chose reste là. Une irritation. Une inquiétude. Une impression d'injustice. Un malaise difficile à nommer.
Communiquer, désamorcer, durer.
Une phrase de trop, et le mal est fait. La fatigue a pris le micro. L'impatience a saisi le volant. Le filtre PENSE (Positif, Exact, Nécessaire, Sage, Enrichissant) offre 5 repères pour dire les vraies choses sans briser le lien. Un outil de prévention relationnelle au travail.
On nous a appris à « régler » les conflits comme un problème : vite, efficacement. Mais un conflit n'est pas un problème avec deux personnes autour. C'est une situation chargée émotionnellement. Et tant qu'on traite l'émotion comme un parasite à faire taire, on corrige la surface et on rate le signal.
Il y a des dépenses qu'on surveille de près, ligne par ligne. Et il y en a d'autres, beaucoup plus lourdes, qui ne figurent nulle part dans les colonnes Excel mais qui grignotent l'organisation jour après jour. La santé mentale au travail appartient à cette deuxième catégorie. On ne la voit pas sur la facture, mais on la paie quand même.
Je me souviens de cette conférence où j'ai nommé, un à un, les 195 personnes présentes. Le temps avait cessé d'exister. C'était du Flow : cet état où le défi rencontre exactement la compétence. On ne s'épuise pas toujours parce qu'on travaille trop. Parfois, parce qu'on passe trop de temps loin de ce qui nous met en mouvement.
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